Aquaculture aux Tuamotu : un impact environnemental toujours méconnu

March 23, 2018

 

 

Les travaux pour le projet aquacole de Hao sont lancés:

Quid de  l’impact environnemental de l’élevage de poissons en atoll ?

 

L'aquaculture  présente des risques pour le milieu et les écosystèmes:

 

Des études, articles et expériences vécues dans le monde démontrent que l’aquaculture industrielle peut être très polluante et destructrice des milieux marins[1].  En cause : la capture de stocks de géniteurs sauvages, la concentration de population de poissons, les rejets organiques, la nourriture utilisée et les traitements donnés aux poissons en cage.

Si le premier coup de pelleteuse a été donné pour la construction des infrastructures à terre du projet aquacole de Hao, le mode de production envisagé des 50 000 tonnes de poissons par an et l’impact de ces élevages sur les écosystèmes fragiles des atolls restent méconnus.

 

Une étude d'impact qui n'englobe pas les parcs de grossissement

 

L’association environnementale de Hao « Paruru ia Haoroagai », adhérente à notre fédération, regrette ce manque de transparence et s’inquiète de l’installation annoncée de  2800 cages d’élevage dans le lagon de Hao et de ses conséquences et conflits d’intérêt avec la pêche et autres usages du lagon.

Une étude d'impact de 394 pages a bien été réalisée en avril 2016, mais cette étude ne couvrait que les installations au sol, dont l'écloserie qui va produire des alevins (90 tonnes par an)[2]. Aucune étude d'impact n'a été réalisée pour les cages qui seront disposées dans le lagon, dont la profondeur maximale fait 60m à Hao, pour engraisser les poissons. Pourtant, le produit final ne sera pas la production d'alevins mais bien celle de poissons adultes. On ne connait donc pas l'impact du cycle de production global, ni la contribution des autres atolls à la production totale.

 

Questionnement sur les rejets organiques

 

Il est intéressant de noter que, dans cette étude, il est dit qu'un émissaire sera installé pour évacuer les effluents d'élevage des 90 tonnes d’alevin du côté du large (ces effluents resteront-ils au large ?) et non pas du côté lagon. Il est ainsi expliqué que si l’émissaire était installé du côté du lagon, « cela limiterait considérablement les mécanismes d’auto-épuration du lagon ». Qu'en est-il de la production de 50 000 tonnes de poissons adultes dans le lagon, avec l'apport d'environ 200 000 tonnes d'aliments d'élevage? Pas de réponse sur ce point.

 

 

Un mode d'alimentation très critiqué

 

Un autre questionnement porte sur l’alimentation des poissons en cage. On sait seulement, grâce à un discret tableau annexe de cette étude d’impact, qu’ils mangeront des aliments d’élevage qui viendront de Norvège. L’aquaculture de poissons carnivores est aujourd’hui considérée comme une aberration écologique qui menace la sécurité alimentaire des pays en voie de développement. En effet, « il faut  4 kg  de poisson sauvage pour faire 1kg de poisson d’élevage » selon l’ONG Bloom, qui ajoute que la pêche minotière (pêche de poissons fourrage tels que sardines, anchois et même petits crustacés…servant à fabriquer farine et huile de poissons qui alimenteront les poissons d’élevage) cible à 90% des espèces comestibles qui pourraient être consommés directement par l’homme mais également par d’autres espèces de poissons, des oiseaux  et  des mammifères marins[3].

 

Nos demandes

 

A notre connaissance, ni les promoteurs du projet, ni les pouvoirs publics n’ont fourni d’éléments à ce jour, autres que des déclarations d’intention, permettant de garantir une aquaculture durable. Nous ne sommes donc pas, pour l’heure, convaincus de l’absence de risque de pollution et de dégradation des écosystèmes à Hao et dans les autres atolls pouvant être concernés. Faut-il néanmoins rappeler que les ressources marines naturelles des lagons sont à la base du mode de vie des habitants des atolls et constituent pour eux une part non négligeable de leur activité et source de revenu?

 

Malgré cette absence de garantie, on commence par construire des infrastructures au sol, dimensionnées pour traiter à terme 50 000 tonnes de poissons à l’export, sans savoir si cette production sera réalisée sans danger écologique.

 

Le Pays a-t-il sollicité des compétences scientifiques sur le sujet ? Ce ne sont pas les organismes  publics (du Pays ou de l’Etat) spécialisés en biologie marine qui manquent en Polynésie française.

Par conséquent, la Fédération des Associations de Protection de l’Environnement Te Ora naho  souhaite, dans l’intérêt général, que soient mis en œuvre au niveau des instances gouvernementales et des pouvoirs publics :

  1. Une expertise scientifique indépendante sur l’utilisation des lagons à des fins d’élevage

  2.  Une étude d’impact global  qui inclut les impacts de l’engraissement des poissons dans le ou les lagons concernés

  3. Une étude préliminaire pour connaître l’état zéro du lagon avant exploitation

  4. Enfin, il nous parait indispensable d’adjoindre à ce projet aquacole, un comité de suivi scientifique, constitué notamment avec les compétences présentes en Polynésie française (DRMM, Criobe, Ifremer, IRD, UPF…) qui ont des années d’expérience sur les écosystèmes marins polynésiens et sur l’aquaculture locale.

Ce comité serait sans nul doute très utile pour évaluer l’impact de l’exploitation future sur le milieu, apporter des conseils pertinents et veiller à la durabilité écologique de ce mode de pisciculture en lagon des atolls, si tant est qu’il puisse rimer avec durabilité.

Nous pensons que ces mesures seront de nature à rassurer la population quant à l’avenir des Tuamotu et espérons qu’elles seront intégrées dans les programmes des candidats lors des prochaines échéances électorales.

 

 

[1] Se référer à la bibliographie

 

[2] EIE réalisée par Pae Tai Pae Uta rendue publique du 10 mars au 15 avril 2016

 

[3] Pour approfondir, voir rapport de Bloom :“the Darkside of Aquaculture”, F. Le Manach, M. Bailey, T. Cashion, C. Nouvian, 2017 (cliquez)

 

SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

Etude d’impact réalisée sur le projet

 

Rapports d’ONG

 

BLOOM, “the Darkside of Aquaculture”, F. Le Manach, M. Bailey, T. Cashion, C. Nouvian, 2017

 

GREENPEACE, Challenging the Aquaculture  Industry on Sustainability : Technical overview, M. Allsopp, P. Johnston, D. Santillo, Greenpeace Research Laboratories Technical Note 01/2008

 

 

 

Publication scientifique

 

Cashion T, Le Manach F, Zeller D, PaulyD.Most fish destined for fishmeal production are food-grade fish.Fish Fish. 2017

 

 

 

Presse 

 

BLOOM ASSOCIATION, « De la confiture aux cochons, l’envers du décor de l’aquaculture », publié le 14 février 2017,

www.bloomassociation.org/dossier-peche-minotiere/

 

CONSOGLOBE, « Une ferme aquacole maltaise à la source d’une pollution massive », Rédigé par Séverine Bascot, le 9 août 2016

https://www.consoglobe.com/ferme-aquacole-malte-pollution-massive-cg

 

L’EXPRESS, « L’élevage du poisson remis en question », Par Richard De Vendeuil et Gilbert Charles, publié le 17/03/2010

Accès en ligne : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/l-elevage-du-poisson-remis-en-question_855714.html

 

SCIENCES ET AVENIR, « L’aquaculture menace la sécurité alimentaire des pays en développement », par AFP le 14 février 2017

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/l-aquaculture-menace-la-securite-alimentaire-des-pays-en-developpement_110542

 

SLOWFISH - L’aquaculture : http://slowfood.com/slowfish/pagine/fra/pagina.lasso?-id_pg=44

 

 


 

 

 

 

Please reload

Posts à l'affiche

3e appel à projet DIREN

August 29, 2018

1/10
Please reload

Posts Récents
Please reload

Archives