Les grandes aires marines protégées sont bénéfiques aux poissons pélagiques

October 4, 2017

Conférence "Enjeux et défis de la protection des océans en Polynésie française" - samedi 7 octobre 2017*

Intervenante Kristina BOERDER

Université de Dalhousie, Halifax, Canada

 

 

 

De plus en plus d’études scientifiques démontrent les bénéfices des grandes aires marines protégées (AMP) pour les poissons pélagiques migrateurs comme les thons, les espadons et les requins.

 

Les poissons pélagiques migrent souvent des centaines voire des milliers de kilomètres depuis les zones de reproduction et de nurserie vers les zones d’alimentation, et passent donc une grande partie de leur vie en dehors des AMP désignées. Toutefois, la protection de ces zones clés ainsi que les zones où les poissons juvéniles se rassemblent et grandissent, peuvent fournir une protection efficace et entraîner une augmentation de l'abondance de poissons.

 

Les modèles informatiques ont montré que la localisation et la géométrie d’une AMP adaptée au type et aux zones de migration d'une espèce, jouent un rôle essentiel dans l'efficacité de ces zones protégées.

 

Les études théoriques et les relevés de terrain confirment que quelques grandes AMP bien positionnées ont tendance à être plus efficaces que plusieurs AMP de petite taille.

Ces études montrent également que les modèles de gestion, type aire marine gérée, combinés avec une ou plusieurs grandes AMP, obtiennent de meilleurs résultats pour l’économie de la pêche et la préservation des stocks halieutiques que les modèles sans zone de protection.

 

Le marquage électronique des thons et des requins a également démontré que, malgré leur nature migratoire, certaines populations et individus comportent des zones d'habitat étonnamment petites et, de façon prévisible, retournent quasi systématiquement dans les mêmes endroits. Ces populations sont particulièrement susceptibles de bénéficier des aires protégées.

Par exemple, dans les îles hawaïennes, le thon jaune, la bonite et le thon obèse ont tendance à parcourir de courtes distances et passent la plupart de leur vie dans la même zone. De plus, certaines espèces de requins retournent aux mêmes endroits aux mêmes périodes chaque année. Protéger les habitats marins où les poissons pélagiques se reproduisent et se nourrissent contribue ainsi à favoriser leur survie et améliorer leur résilience.

 

 

 

Alors que les études de terrain sur les grandes AMP sont encore peu nombreuses, les résultats des travaux de marquage des poissons et les modélisations de leur migration prouvent l’efficacité de ces grandes AMP.

 

Les recherches en cours sur la pêche du thon à la senne tournante, autour de la grande réserve marine des Galápagos en Equateur, montrent que l’essentiel de cette pêche est désormais réalisée à proximité des limites de cette grande AMP. Cela s’explique par les grands bancs de thon aujourd’hui plus nombreux dans la zone, permettant des taux de capture plus élevés, et ce malgré la tendance globale au déclin de la biomasse du thon dans la région Pacifique.

 

De même, de nombreuses études ont rapporté une plus grande abondance de requins dans et autour des vastes zones protégées, comme par exemple dans le parc national de l'île Cocos au Costa Rica, signe d’écosystèmes marins sains et équilibrés.

 

Plusieurs études sur les pêcheries ont montré une amélioration globale des prises suite à la fermeture d'une zone et sa réouverture après quelques années ; c’est le cas par exemple pour le Marlin rayé en Basse-Californie au Mexique.

 

La solution idéale pour assurer une protection cohérente et efficace des poissons pélagiques serait une combinaison d'aires protégées dans des habitats clés, et de politiques fermes de gestion des pêches dans le reste des eaux.

A l’inverse, la fermeture d'une zone activement pêchée pourrait déplacer l'effort de pêche vers d'autres zones et entraîner des pratiques de pêche non durables par ailleurs. Pour éviter cet effet de déplacement, l'effort de pêche global doit être réduit en conséquence.

Alors qu’une baisse à court terme des prises et des revenus liés à la pêche peut découler de la fermeture d'une zone, de nombreuses études ont démontré que les captures et les services écosystémiques liés aux AMP peuvent s'améliorer au fil du temps, avec des poissons plus gros et plus nombreux qui débordent de l'aire protégée.

 

En plus des bénéfices pour la conservation et le tourisme déjà bien documentés, ces nouvelles preuves des bénéfices des grandes zones de protection pour les poissons pélagiques et les pêcheries environnantes contribuent à dégager un large consensus social en faveur des grandes AMP.

 

Rendez vous samedi 7 octobre à 8h30 au petit théâtre de l'OTAC pour écouter Kristina BOERDER et lui poser vos questions .

*Conférence gratuite grand public organisée par la fédération Te Ora Naho, le CESC, le CRIOBE et Pew Polynésie

 

 

 

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