Pour une énergie « décarbonée » en Polynésie aussi

Dernière mise à jour : 26 août 2021

La Polynésie française importe 93,7% d’énergie pour sa consommation d’énergie primaire. Ce taux de dépendance énergétique aux énergies fossiles est plus élevé qu’il y a 20 ans.

Il fait de notre pays un émetteur de gaz à effet de serre, encore plus fortement émetteur si on y ajoute nos importations et déplacements internationaux.

Notre virage énergétique, c’est pour quand ?


A l’heure où le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ou IPCC en anglais) nous alerte sur une trajectoire d’augmentation de 3 à 3,5 degrés de la température moyenne sur la surface de la terre (et de l’océan), d’ici la fin du siècle, notre fédération fait un résumé de situation sur nos émissions de gaz à effet de serre (GES) ici en Polynésie française.


Nous avons, par ailleurs, soumis quelques propositions à notre Ministre de l’Energie pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, fortement émettrices de gaz à effet de serre. Exploiter les sources fossiles d’énergie consiste, faut-il le rappeler, à déterrer du carbone stocké depuis des millénaires sous forme de charbon, pétrole, gaz… pour le rejeter dans l’atmosphère et contribuer ainsi au réchauffement général de notre climat.



Le bilan GES du Pays


Le dernier rapport du GIEC indique que, depuis un siècle, la température moyenne sur notre planète est montée de 1,1°C. Pour respecter l’accord de Paris, c’est-à-dire contenir le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2 degrés d’ici à 2100, il faudrait diminuer les émissions mondiales de GES de 7% par an, soit la baisse enregistrée en 2020, année de la pandémie.

Ainsi la crise sanitaire du Covid a démontré qu’on peut vivre différemment et adapter nos économies à moins d’émissions de dioxyde de carbone, de méthane et autres protoxyde d’azote.


On pourrait croire que la Polynésie n’est pas concernée par cet engagement de réduction de GES car nous représentons moins qu’une goutte d’eau dans les émissions mondiales. Pourtant, nous sommes loin de la neutralité carbone dans nos belles îles polynésiennes, puisque l'empreinte carbone moyenne d'un Polynésien en 2018 est de 10 tCO2e/habitant. Elle est déterminée en additionnant les émissions territoriales et importées.

Pour les émissions territoriales, il s'agit de toutes les émissions directes de GES liées principalement à la combustion d'hydrocarbures (exemple : les émissions des pots d’échappement de voitures et celles de notre production d'électricité). En 2018, ces émissions territoriales de GES sont de 4.2 tCO2e/hab.

Pour les émissions importées, elles comprennent les émissions liées à la fabrication, à la conception, à l'acheminement des produits en Polynésie française (ex : les produits importés, les transports internationaux des Polynésiens ou encore le fret). En 2018, les émissions importées de GES sont de 5.8 tCO2e/hab.

A titre de comparaison, pour la même année en France, l’empreinte carbone était de 11 tonnes de CO2 par habitant.

« Malgré le fait que la Polynésie française obtienne de faibles émissions territoriales comparées aux autres territoires ultramarins, l'isolement géographique de notre territoire tend à augmenter les émissions importées (OPE). »


Notre empreinte carbone (*) est donc loin d’être négligeable car elle prend en compte l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre à la fois territoriales et importées (en bleu sur le graphe ci dessous).




L’ADEME précisait dans un rapport de 2015 : « Dans l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 2° C (cf accord de Paris), les scientifiques ont préconisé de limiter le cumul des émissions de carbone entre 1000 et 1500 gigatonnes d’ici 2100, ce qui équivaut environ à 1,8 tCO2/an/habitant ».


Certes nos actions locales ne seront pas décisives pour la planète, mais nous considérons que chacun doit faire sa part.


Quels que soient les chiffres retenus ou actualisés, il est clair que nous devons réduire notre empreinte carbone, individuellement et collectivement, en Polynésie aussi.


Pourquoi est-ce essentiel ?

« Nous vivons déjà les dérèglements climatiques que cela engendre et nous commençons à subir ses extrêmes climatiques (…). Rajouter 1 ou 2 °C d’ici la fin de ce siècle, voire plus, va rendre l’adaptation très difficile pour les jeunes d’aujourd’hui. Nous leurs préparons un monde totalement différent. » Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC.


La transition énergétique du Pays au point mort


Notre énergie consommée n’est pas la seule contributrice à nos émissions territoriales de gaz à effet de serre puisqu’y concourent également, dans une moindre mesure, nos déchets (émissions de méthane essentiellement du fait des biogaz non traités), nos appareils de réfrigération et de climatisation (gaz fluorés), ainsi que notre agriculture et notre pêche …

Elle reste cependant un domaine dans lequel une marge importante de réduction est possible, ainsi que le prévoyait notre Plan Climat Energie élaboré en 2015 et qui n’a pas atteint ses objectifs. D’aucuns disent qu’on ne devrait plus parler de transition énergétique mais de virage !


Rappelons que l’énergie ne se réduit pas à l’électricité, elle inclut aussi les carburants que nous utilisons pour nos transports, le transport routier étant notre principale source d’émissions territoriales de GES. « Le secteur des transports terrestres, aériens, maritimes est le premier émetteur de CO2- les transports routiers représentant à eux seuls 53% de la consommation d’énergie finale de la Polynésie en 2019. » (Source : Observatoire Polynésien de l’Energie).




Nos propositions pour une énergie moins carbonée portent sur trois volets :

LES ECONOMIES D’ENERGIE ou LA SOBRIETE ENERGETIQUE

LA PRODUCTION D’ELECTRICITE A PARTIR DE SOURCES RENOUVELABLES

LES TRANSPORTS OU LA MOBILITE REPENSEE


A. SOBRIETE ENERGETIQUE : maitriser voire diminuer notre consommation d’énergie comme priorité



Elle doit être un axe majeur de notre politique énergétique. Une démarche dynamique avec des normes et incitations, des campagnes de communication et de sensibilisation grand public et un accompagnement/formation des collectivités et des entreprises sont à développer ainsi qu’un espace Info Energie renforcé, dynamisé et mobile .

Toute solution est bonne à prendre pour arriver à :

- la diminution de nos déplacements (routiers notamment)

- l’écoconstruction, pour éviter la climatisation artificielle notamment et le béton

- de nouvelles normes énergétiques pour les nouveaux immeubles ou la rénovation des anciens, pour les chauffe-eaux solaires, l’électroménager, les ombrières photovoltaïques de parkings au-dessus d’une certaine surface…

-la réduction de nos consommations électriques avec des distributeurs d’électricité plus impliqués.


B. PRODUCTION D’ELECTRICITE : mettre l’accélérateur sur le photovoltaïque, en privilégiant l’utilisation des surfaces de toitures et la mise en place de systèmes de stockage



Pourquoi pensons-nous que la production d’électricité par énergie photovoltaïque devrait être privilégiée ?


Car sa part actuelle dans notre mix énergétique est tellement faible (6%) que la marge pour son développement est grande.

Car la technologie photovoltaïque est de plus en plus abordable en termes d’investissement.