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NOTRE ACTUALITE

  • Photo du rédacteurTe Ora Naho

Pour une énergie « décarbonée » en Polynésie aussi

Dernière mise à jour : 22 mai 2023

La Polynésie française importe 93,7% d’énergie pour sa consommation d’énergie primaire. Ce taux de dépendance énergétique aux énergies fossiles est plus élevé qu’il y a 20 ans.

Il fait de notre pays un émetteur de gaz à effet de serre, encore plus fortement émetteur si on y ajoute nos importations et déplacements internationaux.

Notre virage énergétique, c’est pour quand ?


A l’heure où le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC ou IPCC en anglais) nous alerte sur une trajectoire d’augmentation de 3 à 3,5 degrés de la température moyenne sur la surface de la terre (et de l’océan), d’ici la fin du siècle, notre fédération fait un résumé de situation sur nos émissions de gaz à effet de serre (GES) ici en Polynésie française.


Nous avons, par ailleurs, soumis quelques propositions à notre Ministre de l’Energie pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, fortement émettrices de gaz à effet de serre. Exploiter les sources fossiles d’énergie consiste, faut-il le rappeler, à déterrer du carbone stocké depuis des millénaires sous forme de charbon, pétrole, gaz… pour le rejeter dans l’atmosphère et contribuer ainsi au réchauffement général de notre climat.



Le bilan GES du Pays


Le dernier rapport du GIEC indique que, depuis un siècle, la température moyenne sur notre planète est montée de 1,1°C. Pour respecter l’accord de Paris, c’est-à-dire contenir le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2 degrés d’ici à 2100, il faudrait diminuer les émissions mondiales de GES de 7% par an, soit la baisse enregistrée en 2020, année de la pandémie.

Ainsi la crise sanitaire du Covid a démontré qu’on peut vivre différemment et adapter nos économies à moins d’émissions de dioxyde de carbone, de méthane et autres protoxyde d’azote.


On pourrait croire que la Polynésie n’est pas concernée par cet engagement de réduction de GES car nous représentons moins qu’une goutte d’eau dans les émissions mondiales. Pourtant, nous sommes loin de la neutralité carbone dans nos belles îles polynésiennes, puisque l'empreinte carbone moyenne d'un Polynésien en 2018 est de 10 tCO2e/habitant. Elle est déterminée en additionnant les émissions territoriales et importées.

Pour les émissions territoriales, il s'agit de toutes les émissions directes de GES liées principalement à la combustion d'hydrocarbures (exemple : les émissions des pots d’échappement de voitures et celles de notre production d'électricité). En 2018, ces émissions territoriales de GES sont de 4.2 tCO2e/hab.

Pour les émissions importées, elles comprennent les émissions liées à la fabrication, à la conception, à l'acheminement des produits en Polynésie française (ex : les produits importés, les transports internationaux des Polynésiens ou encore le fret). En 2018, les émissions importées de GES sont de 5.8 tCO2e/hab.

A titre de comparaison, pour la même année en France, l’empreinte carbone était de 11 tonnes de CO2 par habitant.

« Malgré le fait que la Polynésie française obtienne de faibles émissions territoriales comparées aux autres territoires ultramarins, l'isolement géographique de notre territoire tend à augmenter les émissions importées (OPE). »


Notre empreinte carbone (*) est donc loin d’être négligeable car elle prend en compte l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre à la fois territoriales et importées (en bleu sur le graphe ci dessous).




L’ADEME précisait dans un rapport de 2015 : « Dans l’objectif de contenir le réchauffement climatique à 2° C (cf accord de Paris), les scientifiques ont préconisé de limiter le cumul des émissions de carbone entre 1000 et 1500 gigatonnes d’ici 2100, ce qui équivaut environ à 1,8 tCO2/an/habitant ».


Certes nos actions locales ne seront pas décisives pour la planète, mais nous considérons que chacun doit faire sa part.


Quels que soient les chiffres retenus ou actualisés, il est clair que nous devons réduire notre empreinte carbone, individuellement et collectivement, en Polynésie aussi.


Pourquoi est-ce essentiel ?

« Nous vivons déjà les dérèglements climatiques que cela engendre et nous commençons à subir ses extrêmes climatiques (…). Rajouter 1 ou 2 °C d’ici la fin de ce siècle, voire plus, va rendre l’adaptation très difficile pour les jeunes d’aujourd’hui. Nous leurs préparons un monde totalement différent. » Jean Jouzel, ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC.


La transition énergétique du Pays au point mort


Notre énergie consommée n’est pas la seule contributrice à nos émissions territoriales de gaz à effet de serre puisqu’y concourent également, dans une moindre mesure, nos déchets (émissions de méthane essentiellement du fait des biogaz non traités), nos appareils de réfrigération et de climatisation (gaz fluorés), ainsi que notre agriculture et notre pêche …

Elle reste cependant un domaine dans lequel une marge importante de réduction est possible, ainsi que le prévoyait notre Plan Climat Energie élaboré en 2015 et qui n’a pas atteint ses objectifs. D’aucuns disent qu’on ne devrait plus parler de transition énergétique mais de virage !


Rappelons que l’énergie ne se réduit pas à l’électricité, elle inclut aussi les carburants que nous utilisons pour nos transports, le transport routier étant notre principale source d’émissions territoriales de GES. « Le secteur des transports terrestres, aériens, maritimes est le premier émetteur de CO2- les transports routiers représentant à eux seuls 53% de la consommation d’énergie finale de la Polynésie en 2019. » (Source : Observatoire Polynésien de l’Energie).




Nos propositions pour une énergie moins carbonée portent sur trois volets :

LES ECONOMIES D’ENERGIE ou LA SOBRIETE ENERGETIQUE

LA PRODUCTION D’ELECTRICITE A PARTIR DE SOURCES RENOUVELABLES

LES TRANSPORTS OU LA MOBILITE REPENSEE


A. SOBRIETE ENERGETIQUE : maitriser voire diminuer notre consommation d’énergie comme priorité



Elle doit être un axe majeur de notre politique énergétique. Une démarche dynamique avec des normes et incitations, des campagnes de communication et de sensibilisation grand public et un accompagnement/formation des collectivités et des entreprises sont à développer ainsi qu’un espace Info Energie renforcé, dynamisé et mobile .

Toute solution est bonne à prendre pour arriver à :

- la diminution de nos déplacements (routiers notamment)

- l’écoconstruction, pour éviter la climatisation artificielle notamment et le béton

- de nouvelles normes énergétiques pour les nouveaux immeubles ou la rénovation des anciens, pour les chauffe-eaux solaires, l’électroménager, les ombrières photovoltaïques de parkings au-dessus d’une certaine surface…

-la réduction de nos consommations électriques avec des distributeurs d’électricité plus impliqués.


B. PRODUCTION D’ELECTRICITE : mettre l’accélérateur sur le photovoltaïque, en privilégiant l’utilisation des surfaces de toitures et la mise en place de systèmes de stockage



Pourquoi pensons-nous que la production d’électricité par énergie photovoltaïque devrait être privilégiée ?


Car sa part actuelle dans notre mix énergétique est tellement faible (6%) que la marge pour son développement est grande.

Car la technologie photovoltaïque est de plus en plus abordable en termes d’investissement.

Car elle est de moins en moins polluante, en effet :

- Deux années de production d’énergie couvrent toutes les émissions de GES induites par la fabrication des panneaux ; de plus, les panneaux ont une garantie de fonctionnement sur 25 ans et une durée de vie de 40 ans.

- Les matériaux (aluminium, cuivre, verre, silicium, sans terres rares) sont recyclables désormais à 90%. Cependant, un dispositif de collecte et de recyclage des panneaux usagés est à mettre en place localement.

- L’évolution technologique des batteries de stockage est extrêmement rapide ce qui devrait les rendre accessibles au plus grand nombre très bientôt ; il faudra impérativement que le recyclage de celles-ci accompagne ce mouvement.


L’énergie photovoltaïque, bien qu’intermittente, répond au pic de consommation autour de midi (climatisations en zone urbaine) et sa production est stockable, si on veut bien s’en donner les moyens.

S’agissant de son coût, l’exemple de l’île de Kauai à Hawaii (contexte semblable à celui de Tahiti) est édifiant : le photovoltaïque, avec 5h de stockage, produit une électricité à 15 cents du kWh. Le prix de l’électricité pour les ménages en Polynésie est, soit dit en passant, à 34 FCP pour la première tranche (en dessous de 240kw consommés par mois) et de 50 FCP le kwh pour la tranche au dessus.

Kauai produit 60% de son électricité en renouvelable, essentiellement solaire, tandis que nous sommes à 29,2% en Polynésie avec comme premier contributeur l’hydraulique pour 23% et le solaire pour 6%.

Notre retard sur les installations photovoltaïques se manifeste aussi dans les plus

petites îles où le basculement vers davantage d’énergie décarbonée, grâce à des centrales hybrides en particulier (photovoltaïque/biocarburants ou énergie marine ou encore énergie éolienne) reste à faire.


En ce qui concerne les fermes photovoltaïques envisagées par le Pays lors d’un récent appel d’offres, nous sommes en faveur d’un équilibre entre les grandes unités de production centralisée (à coupler avec du bâti plutôt que de leur consacrer d’importantes surfaces de terres) et les petites unités décentralisées.

Le caractère modulaire des petites centrales photovoltaïques réduit les distances de transport d'électricité et permet facilement d’augmenter la capacité de production afin de répondre à un nouveau besoin, par exemple la recharge d’une automobile électrique. D’ailleurs, ce type de véhicules sera dans un avenir proche au même prix qu’un véhicule thermique et son adéquation au contexte îlien (absence de grands trajets) devrait permettre son développement rapide.


Nous demandons par conséquent à nos décideurs de :


  • Inciter au développement des petites unités décentralisées photovoltaiques :

Des mesures incitatives à l’équipement des ménages en centrales photovoltaïques (notamment, prêts à taux bonifiés et aides pour les sites isolés) et à une gestion facilitée (tel qu’un système de facturation nette où les kWh produits sont déduits des kWh consommés) pour les petites installations sont nécessaires.

Le tiers investissement (utilisation des toitures par un tiers investisseur pour produire de l’électricité ) pourrait aussi être facilité : entre autres, sur les toitures des lotissements sociaux, tout en attribuant une contrepartie aux résidents, et sur celles des structures publiques (port, aéroport, écoles,bureaux…)


  • Utiliser de nouvelles formes de stockage en PF

Installer des systèmes centralisés de stockage par batteries est une nécessité et

une urgence pour permettre le développement des énergies renouvelables. Le principal inconvénient de l’énergie photovoltaïque (et d’autres énergies renouvelables) étant l’intermittence, beaucoup de pays l’ont contournée par des systèmes de stockage.

L’utilisation de la technique de la STEP (Station de Transfert d’Energie par

Pompage) pourrait s’envisager en procédant à une étude de sites qui s’y prêtent sur le plan technique et environnemental.

  • Former, à différents niveaux, des spécialistes des équipements photovoltaïques ou plus généralement des énergies renouvelables : études, installation, maintenance…

Dans le cadre des compensations post essais nucléaires, pourquoi ne pas proposer à l’Etat ou à l’Union Européenne, la Polynésie française comme site d’expérimentations en nouvelles technologies d’énergies renouvelables : Energie Solaire,Energie Thermique des Mers, Energies marines… ?


C. LES TRANSPORTS : Aménager pour d’autres formes de mobilité


Sur les 300 000 t d’hydrocarbures importés pour notre énergie primaire, le premier secteur consommateur est celui des transports (routier, aérien et maritime).


Il est évident que l’accent devrait être mis sur des aménagements publics qui permettent moins de déplacements quotidiens (décentralisation d’activités économiques/proximité des services publics et écoles/immobilier à prix accessibles pour la population locale en zone d'activités…), davantage de mobilité douce (chemins piétonniers, voies cyclables…) et qui favorisent le transport collectif et le co-voiturage ainsi que des modes de propulsion nouveaux, sans carburant fossile, pour les moyens de transport des particuliers et des entreprises .


Les véhicules électriques nous paraissent être une solution à court terme sous réserve d’utiliser une électricité décarbonée, d’où notre priorité donnée à la production d’électricité par des sources renouvelables telles que l’énergie solaire.

Inciter à l’achat simultané d’une voiture électrique et d’une centrale photovoltaïque et favoriser l’installation d’ombrières photovoltaïques sur parkings, avec dispositif de recharge pour automobiles, nous semblent de bonnes pistes.


S’agissant du transport collectif, une étude des modes de transport réalisables en site propre à Tahiti, c’est-à-dire principalement sur voies réservées pour les bus ou par voie aérienne pour le transport par câble ou encore par voie maritime, est attendue depuis 2017, année de l’adoption du schéma directeur des transports terrestres de Tahiti.

Sans voies dédiées, il nous semble que les transports en commun ne peuvent pas être efficaces et attractifs en zone urbaine.

Les possibilités d'usage de l'hydrogène pour les transports lourds et maritimes sont aussi à examiner.


Pour conclure sur ce volet énergétique, il nous parait indispensable que le Pays intègre les enjeux d’énergie dans son fonctionnement et dans ses projets d’aménagement. En effet, l’exemple des appels d’offres pour des véhicules à essence et celui des projets inscrits au SAGE ou encore les projets gérés par Grands Projets de Polynésie et l’OPH, pour ne citer que ces deux établissements publics, nous laissent dubitatifs quant à une réelle volonté de "décarboner" nos îles .



Enfin, sur le front plus général de nos réductions d’émissions de GES, la question de nos importations de produits alimentaires et manufacturés ainsi que celle de nos déplacements internationaux (aériens notamment) sont un autre sujet que nous n’avons pas abordé en détail ici mais pour lesquelles il convient bien évidemment d’agir. Les campagnes et encouragements de nos associations pour consommer local se placent dans cet objectif. Quant à l’aérien, c’est un sujet compliqué à méditer plus longuement... Agissons déjà sur ce qui nous parait être à notre portée en prenant ce virage énergétique à bras le corps.


(*)L’empreinte carbone est la somme des émissions de GES territoriales et importées.

Les émissions territoriales (ou directes) de GES sont principalement liées à la combustion d'énergies fossiles à destination des transports ou de la production d'électricité.

Les émissions de GES importées (ou indirectes) liées à la consommation intermédiaire des entreprises ou pour usage final des ménages. Elles comprennent également les émissions liées à la fabrication et au transport vers le territoire polynésien.

Cet indicateur permet de mesurer l'impact sur le climat induit par la demande intérieure du Pays.

Source Bilan Energie 2019 –Observatoire Polynésien de l’Energie

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