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Aires Marines Protégées (AMP) en Polynésie française : plus de 15 ans de mobilisation citoyenne

  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

Alors que de récentes déclarations publiques remettent en cause le processus de création des aires marines protégées (AMP) en Polynésie française, la FAPE tient à rappeler les faits essentiels et scientifiques qui guident cette démarche citoyenne et concertée depuis plus de quinze ans.


Suite à certaines déclarations publiques récentes remettant en cause la méthodologie, les

données scientifiques, la concertation ou encore l'origine des nouvelles Aires Marines Protégées (AMP) de Polynésie française, la Fédération des Associations de Protection de l'Environnement (FAPE) - Te Ora Naho souhaite rappeler plusieurs faits essentiels concernant ce processus engagé depuis une quinzaine d’années.


Les AMP n’ont pas été définies de manière arbitraire. Leur conception repose sur une approche participative associant connaissances scientifiques, données de pêche, savoirs traditionnels, consultations publiques, engagements et décisions prises par les institutions de Polynésie française. Cette méthodologie a permis d’identifier des solutions conciliant protection de la biodiversité, préservation des usages traditionnels et développement durable des activités maritimes.


Depuis plus d’une décennie, les communes des Marquises et des Australes, les communautés locales, des associations environnementales et culturelles, et de nombreux acteurs institutionnels travaillent pour la mise en place de grandes AMP dans leurs eaux. Ces projets ont fait l’objet de centaines de réunions publiques de concertation, de vingtaines d’études et expertises scientifiques, de plusieurs expéditions scientifiques et culturelles et de nombreuses actions de sensibilisation à travers l’ensemble du Pays. Ils figurent parmi les projets de planification marine les plus documentés jamais conduits en Polynésie française.


Les travaux scientifiques ont mis en évidence des écosystèmes marins dans ces archipels parmi les plus remarquables du Pacifique, abritant une biodiversité unique, de nombreuses espèces menacées, d’importants corridors migratoires pour les thons, requins, raies, tortues et cétacés, ainsi que des habitats essentiels à leur reproduction. Ils soulignent également le rôle de ces zones comme refuges climatiques et réservoirs de biodiversité contribuant à la résilience des océans face au changement climatique.


Les consultations menées dans les îles et à Tahiti ont mobilisé pendant des années des élus communaux, des pêcheurs côtiers et hauturiers, des associations, des scientifiques, des usagers de la mer et de nombreux citoyens. Après toutes ces années d’échanges et de concertation, la demande des communautés est restée la même : la création de grandes AMP afin de protéger la biodiversité marine exceptionnelle, garantir les zones de pêche traditionnelles autour des îles, renforcer la sécurité alimentaire des populations, assurer le développement d’une pêche polynésienne durable, et promouvoir la culture traditionnelle liée à l’océan pour les générations futures.

Ces projets d’AMP bénéficient d’un soutien massif de la population - plus de 90 % des Polynésiens, selon les sondages d’opinion réalisés ces dernières années. Ils ont été annoncés ou réaffirmés par les gouvernements successifs et de sensibilités politiques différentes depuis 2013, témoignant d'une remarquable continuité de l'action publique en faveur des AMP.


L’appel de la communauté polynésienne a aujourd’hui été entendu avec la création d’AMP dans les archipels de la Société Ouest, des Gambier, des Australes et des Marquises, au sein de la grande AMP Tainui Atea qui couvre l’ensemble de la ZEE. Ce zonage de compromis permet de couvrir 30 % de la ZEE en protection stricte, tout en promouvant la pêche artisanale côtière et en garantissant le développement durable de la pêche hauturière locale, sur les 70 % restants de la ZEE.


Les nouvelles AMP ont été conçues de manière à préserver l’activité de la pêche hauturière polynésienne. Celle-ci, composée de 82 navires pour une production record d’environ 10 000 tonnes par an, pourra continuer à exercer son activité sur un espace immense de près de 3,5 millions km². Les zones désignées en AMP étaient très peu fréquentées par la pêche hauturière : elles représentaient moins de 10% de l’activité totale de pêche au cours des dix dernières années, et de manière encore plus marginale dans les zones de protection stricte : moins de 0,2 % aux Australes et aux Gambier, et moins de 0,1 % aux Marquises.


En classant 30 % de sa ZEE en protection stricte, la Polynésie française confirme son leadership et sa vision à l’échelle internationale, en s’imposant comme une référence mondiale pour la protection des océans et la promotion d’un modèle de pêche polynésien durable. Cet engagement s’accompagne également d’autres mesures fortes, notamment l’interdiction de l’extraction minière des fonds marins, l’interdiction des DCP dérivants et le renforcement de la gestion durable des ressources halieutiques. Il porte aussi une ambition claire : faire entendre la voix de la Polynésie française à l’international pour lutter contre la surpêche, promouvoir des initiatives comme les AMP en haute mer et la création d’un grand corridor bleu de protection à travers le Pacifique, la Pacific Blue Belt.

La FAPE a participé activement à ce processus piloté par les services du Pays, en apportant ses connaissances du terrain, son expertise technique, et ses contributions aux différentes phases de réflexion et de concertation. Notre objectif a toujours été de contribuer à l’élaboration de solutions équilibrées, adaptées aux réalités polynésiennes et acceptées par le plus grand nombre.


Les organisations internationales partenaires accompagnent et appuient les priorités définies par la Polynésie française et ses communautés, et non pas l’inverse. Les décisions relèvent exclusivement des autorités polynésiennes et des processus de concertation locaux. Ces partenariats permettent de renforcer les capacités de mise en œuvre des AMP et éviter qu’elles ne restent uniquement des engagements sur le papier.


Les AMP des Marquises, des Australes, des Gambier et de la Société ne sont ni une initiative récente ni une décision imposée. Elles sont l'aboutissement de plus d'une décennie de concertation, de recherches scientifiques et de mobilisation citoyenne. La FAPE respecte pleinement le débat public qui accompagne nécessairement des décisions aussi importantes pour l’avenir de notre océan. Ce débat doit cependant s’appuyer sur des faits vérifiables et reconnaître le travail considérable accompli par les communautés, les scientifiques, les élus et les services du Pays depuis de nombreuses années.


La protection de l'océan polynésien et le maintien d'une pêche durable ne sont pas des objectifs contradictoires. Les nouvelles AMP démontrent qu'il est possible de concilier préservation de la biodiversité, sécurité alimentaire, développement économique et transmission culturelle au bénéfice des générations futures.

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