Une grande dame tahitienne de l'écologie s'en est allée

« De toutes vos forces, protégez notre Terre prête à nous offrir de quoi nous nourrir, nous soigner, nous abriter. Protégez-là aussi du mercantilisme, cause de la raréfaction de tous ces présents de dame Nature. »

Hommage à Madame Louise CARLSON

Ses nombreux amis et sa grande famille l’ont couverte de fleurs de son pays, en ce jeudi 31 août 2017, au cimetière de Papeete.

Les fleurs étaient sa passion, l’environnement son engagement.

Femme active, sa vie a été jalonnée de multiples initiatives pour la « juste cause », initiatives professionnelles (dans l’éducation en particulier), associatives ou politiques.

C’est avant tout sa détermination d’écologiste que nous voulons saluer ici.

Louise CARLSON a été membre fondatrice, il y a trente ans, de notre fédération des associations de protection de l’environnement de Polynésie française.

Elle lui a donné son nom tahitien de « Te Ora Naho « que l’on pourrait traduire par « la vie bien ordonnée, rangée harmonieusement… » comme pour faire honneur aux invités que l’on attend.

On imagine aisément que le décor de sa jeunesse ait été à la racine de ses convictions en faveur de la sauvegarde de la nature car Tipaeru’i ou Taravao dans les années 40 et 50 étaient encore des havres fleuris et verdoyants d’abondance, garde-mangers naturels en fruits, cochons sauvages, chevrettes de rivière, crabes, poissons et autres élevages et cultures mis en valeur dans la propriété familiale.

Tour de l'île de tahiti en 1953 - crédit photo Tahiti Heritage

En 1974, la dame est à l’origine, avec d’autres, de la création de la première association écologiste polynésienne » Ia Ora Te Natura » (Que la nature vive !) et participe au combat anti-nucléaire au sein de l’association et du parti politique auquel elle a adhéré, le « Here Ai’a ».

C’est aussi en 1974 que Louise CARLSON organise les premières Floralies ou expositions florales et… idée de génie : les concours des plus beaux jardins à Tahiti et à Moorea ! Avis aux amateurs pour reprendre le concept car cela en a motivé plus d’un, même sans participer au concours, à gazonner, planter, fleurir et colorer tout le tour de l’île. Le concours de murs qui a remplacé le concours de jardins dans nos paysages est-il réversible ? Pourquoi pas ?

A cette même époque, elle créé et dirige l’Association Harrisson Smith qui assurera la gestion du superbe Jardin Botanique de Papeari, le seul et unique.

Banian du Jardin Botanique - crédit photo Tahiti Héritage

OPUNOHU

De 1990 à 1991, avec Te ora naho, Ia ora te natura et d'autres associations, Louise Carlson lance une campagne pour classer le domaine de Opunohu à Moorea comme un site naturel à protéger , car un complexe touristique "top" moderne avec golf y est projeté.

La campagne est "soft" au début, grâce à des petits panneaux placés sur les arbres en août , puis un mailing de cartes postales de la baie est adressé aux autorités par les mamans de Moorea en octobre. Ce projet de golf étant têtu, c'est une grande manifestation qui est alors organisée à Moorea en avril 1991.

Que demandaient ils à l'époque? "Nous estimons que le domaine territorial de Opunohu peut et doit s'ouvrir pour des buts récréatifs aux familles, aux jeunes et aux enfants; ainsi par exemple: un réseau de sentiers de randonnées et d'aires de pique-nique..."

Opunohu est aujourd'hui devenu un domaine naturel (toujours public), accessible à tous, consacré à l'agriculture , à la randonnée, à la découverte de ses "marae" et autres éco-loisirs...Merci à Louise et à tous les autres pour leur clairvoyance et leur pugnacité.

VAITITARAVA

Nonobstant les convenances, la mairesse de Papeete qu’elle devient de 1993 à 1995, s’oppose aux forces de l’ordre lors d’une manifestation en 1994 et se tient, pendant plusieurs jours, à la tête d’un barrage filtrant à l’entrée d’une des vallées de sa propre commune, la vallée de son enfance, la Tipaeru’i. Après altercations et négociations, elle et ses co-manifestants de VAITITARAVA, motivés pour protéger le cadre de vie dans leur vallée, obtinrent gain de cause et l’usine ferma.